Surprise à l'aubeUn petit texte qui a quelque chose magique« Lui le réfléchisseur patenté regardait ainsi chaque jour d’un œil neuf celle qu’il avait choisie pour autant de jours renouvelés, jusqu’à la fin de leur temps » |
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| Réf. 07-036-37. Draperie de neige au vent | ![]() |
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Il était aux anges et en vérité, c’était des anges de volupté. Elle dansait sur lui et c’était la femme de sa vie, non point sa femme mais la femme. Dans leur danse ils riaient et parfois elle gémissait, lui se cabrait, ou bien c’était elle. Leur étreinte ne semblait jamais devoir finir tant elle dépassait leur intensité admissible. Ils s’étaient embarqués dans un aller sans retour connu. Au-delà des transes, un soupçon d’inquiétude s’immisça. Tout cela était-il bien normal, bien réel ? Comme en écho à la lourdeur soudaine qui s’était emparée d’eux, ils s’affalèrent tels une voile au vent absent. Doucereusement endormi, Jean entrouvrit l’œil. Il écouta la respiration de sa femme. Jésabelle ne respirait-elle plus ? Il décida de ne pas s’en inquiéter et, se coulant entre les draps et sa dulcinée, il étala ses bras sur la gelée toujours renouvelée de sa poitrine. Un phénomène l’alerta sans qu’il sût dire quoi. L’évidence s’imposa alors. Le cœur de Jésabelle s’était arrêté. D’affalé que Jean était, affolé il devint et le monde s’affala sur lui. Il voulut crier mais son propre cœur semblait résister à augmenter de fréquence, le sang ne pulsait plus assez dans ses propres veines, si bien qu’il n’arriva pas à crier. Il la bougea, la secoua, Jésabelle ne donnait plus signe de vie ni signe de quoi que ce soit. Jean sombra dans de noirs abîmes et dans sa chute capta un bruit. Un bruit familier. Le bruit de respiration de sa femme ? Non, rien de ce côté-là. Elle restait suspendue dans son post-nirvana. Le bruit devint plus régulier. Le train. Le train de 6 h 30 qui dévalait la campagne, il sut alors qu’il était réveillé. Sa main dévala sur sa compagne, et elle frémit. Il sourit aux anges dans un ravissement propre à les rassembler tous. Il reposait bel et bien à côté de sa belle. Jésabelle, celle qu’il avait choisie pour vieillir ensemble. Dans son rêve il avait vu son cœur s’arrêter car la joie l’emplissait tant que l’univers tout entier ne parvenait pas même à s’y écouler. Elle était bien là avec ses courbes connues par cœur, c’est-à-dire avec le cœur, là avec ses hanches à glissements de mains, là avec son souffle chaud. Tout à l’heure elle se réveillerait vraiment et la nuit prochaine il ferait le même rêve. À nouveau tout s’arrêterait jusqu’au jour nouveau. Il remercia son cœur de manœuvrer si habilement. Lui le réfléchisseur patenté regardait ainsi chaque jour d’un œil neuf celle qu’il avait choisie pour autant de jours renouvelés, jusqu’à la fin de leur temps. À tout voir ainsi chaque jour d’un jour nouveau, le jour ne devenait jamais ancien. Car qu’est-ce qu’un jour neuf si ce n’est un neuf jour chaque jour… Si vous avez aimé cette nouvelle, n'hésitez pas à l'offrir : elle est parue sous forme de Livre carte postale, une agréable façon d'envoyer un message pour 5 euros : > Surprise à l'aube > Existe également en anglais : Surprise at dawn Didier Vereeck |
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